Enjeux des féminicides

 

Le phénomène du féminicide et de la violence faite aux femmes soulève de multiples questions et comporte de nombreux enjeux culturels, politiques et socioéconomiques.  De plus, c’est un important problème de santé publique.

 

À l’heure actuelle, les menaces dont les groupes de défense des droits humains sont victime sont une entrave à la démocratie.  Elles sont le reflet d’une culture patriarcale réfractaire au changement et d’une tradition politique régie par une petite élite.  Pourtant, il est nécessaire que les mentalités évoluent et que cette culture fondée sur les inégalités de genre laisse place à d’autres valeurs, dont l’égalité des sexes.

 

Enjeux culturels

Le problème du féminicide traduit un malaise culturel profond dans lequel la société mexicaine est plongée, qui s’est accentué par l’entrée du Mexique dans la modernité et par son intégration dans le système économique mondial.  La violence de genre est le fruit d’un système patriarcal, machiste et misogyne. Le manque de respect envers les femmes et l’insécurité résultant de la violence qu’elles subissent ont, depuis longtemps et dans l’avenir, un impact sur la qualité des relations entre les différents membres de la société.  Cette structure sociale fondée sur l’inégalité entre les sexes influence toutes les sphères sociales, dont le monde politique et judiciaire.

 

Enjeux politiques

Dans le système politique mexicain, il semblerait que la corruption se soit érigée en système et que certaines classes sociales, groupes sociaux et institutions bénéficient d’une impunité sur les plans politique et judiciaire.  Cette pratique fait naître dans la population une profonde méfiance à l’égard de ceux qui sont chargés de faire respecter la loi et de garantir les droits des victimes et des accusés.  Les crimes sont rarement punis, les enquêtes sont bâclées, les pistes sont brouillées.1  Les élus semblent avoir du mal à reconnaître le problème, plus souvent encore ils le minimisent ou le nient. En conséquence, les femmes dénoncent rarement les agressions dont elles sont victimes. Le rétablissement de la transparence et de procédures claires et respectées sont nécessaires pour que cette situation de violence puisse enfin cesser.

 

À l’échelle nationale, les femmes sont représentées par INMUJERES, l’Institut national des Femmes2.  Certains États ont mis sur pied leur propre Institut de la Femme (Instituto de las Mujeres) pour documenter la situation des femmes, mettre sur pied des programmes qui favorisent leur intégration dans la société et promouvoir l’égalité des sexes.  C’est entre autres le cas de l’État de Veracruz3.  De plus, le 1er février 2007, le Mexique a publié La loi générale sur le droit des femmes à vivre une vie sans violence (Ley General de Acceso de las Mujeres a una Vida Libre de Violencia)4. Par contre, le 30 janvier 2009, Amnesty International déplorait l’échec de la Loi et son peu d’impact5 malgré le fait qu’INMUJERES ait travaillé à l’harmonisation de la Loi avec celles déjà en vigueur.

 

Enjeux socioéconomiques

Des points de vue social et économique, les enjeux sont nombreux.  Les victimes de violence font partie de la population active.  Elles sont entre autres étudiantes, travailleuses dans les maquiladoras et employées de bureau.  Amnesty International a recensé dans un rapport les nombreuses conséquences de cette violence sur la vie économique et sociale au sein des communautés, entre autres sur les performances économiques des femmes qui survivent à des agressions.  Souvent elles ne peuvent plus se rendre au travail et cette réduction de leur mobilité entraine une perte de revenu pour leur foyer qui s’ajoute aux coûts défrayés pour les soins médicaux. Les violences physiques que subissent les femmes les mettent à l’écart et les confinent à l’isolement. Elles ressentent de la honte et perdent confiance en elles-mêmes.  Les femmes se trouvent reléguées à un statut de citoyen de seconde zone, avec pour résultat que leur énergie et leur créativité ne sont pas mises à profit dans la communauté.

 

De plus, la violence liées au crime organisé et celle commise directement contre les femmes ont une grande influence sur la vie sociale des villes, à Ciudad Juárez et dans l’ensemble du Mexique: les gens sortent moins le soir et la nuit, le sentiment d’insécurité affecte la fréquentation des commerces, etc.  Les gouvernements étrangers émettent même des avertissement quant au faible niveau de sécurité de certaines zones à leur citoyens désirant se rendre en territoire mexicain.

 

Enjeux de santé publique

Évidemment, les violences contre les femmes, incluant la très fréquente violence familiale6, ont d’énormes conséquences en termes de santé publique. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a documenté des problèmes gynécologiques, des blessures (coupures, fractures, os cassés) ainsi qu’une hausse du risque d’infections à VIH.  Dans ce dernier cas, le risque est plus grand parce que les valeurs culturelles empêchent souvent les femmes d’exiger de recourir à la contraception. Dans la communauté internationale, les chercheurs ont établi le lien entre le respect du droit des femmes, le respect de son propre corps, la contraception et la diffusion du VIH.  Enfin, toujours selon l’OMS, la violence contre les femmes a une incidence directe sur la santé des nouveaux nés et des enfants, lors de la grossesse et au cours de l’enfance.

 


1. Sergio González Rodríguez, Des os dans le désert,  traduit de l'espagnol (Mexique) par Isabelle Gugnon, France, Éditions Passage du Nord-Ouest, 2007, 378 pages. 

 

2. http://www.inmujeres.gob.mx/

3.Instituto Veracruzano de las Mujeres. "Visión y misión". http://portal.veracruz.gob.mx/portal/page?_pageid=1725,4188761&_dad=port...

4. RefWorld, UNHCR, "Publication d’un communiqué de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada", publié le 8 janvier 2008.

http://www.unhcr.org/refworld/country,,,QUERYRESPONSE,MEX,4562d94e2,47ce...

5. Amnesty International, Mexique : échec de la loi visant à protéger les femmes, 30 janvier 2009.

http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/news/protection-law-fails-mex...

 6. Amnesty International, México. Justicia para las mujeres. Violencia Familiar en México. http://www.amnesty.org/en/library/info/AMR41/057/2008/es